Mois: mars 2015

Sur le pouce #2 – Un merveilleux travail de sape

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(Re)lire l’épisode # 1

Trente mille kilomètres dans vos bagnoles, ça en fait un paquet d’histoires. Tentative d’analyse gonzo de l’autostop. Deuxième jet.

Vous en connaissez vous des flics ? Je veux dire personnellement. Des à qui vous serrez la pogne, qui vous baladent dans leur voiture mais sans bracelets ni gyrophare ? Non ? Eh bien moi non plus. Figurez-vous que je soigne mes fréquentations. Il n’empêche que ça m’est tombé dessus la semaine dernière. On aurait dit un guet-apens, un drôle de coup de guigne. L’instant d’avant j’étais là, au bord du fossé, à saluer du pouce les véhicules qui filaient dans le soleil matinal du Mexique et celui d’après j’étais dans ce foutu siège en cuir à taper la causette avec un poulet en civil. Vous nous auriez vu à papoter comme deux larrons ! Et lui de m’expliquer son boulot en se comparant à un agent des Experts. Et moi de lui parler de corruption tout en ressassant Un flic vient de me prendre en stop ! Des dizaines de milliers de bornes à squatter votre place du mort et je n’avais encore jamais vu ça.

Pourtant j’en ai palpé de la mixité comme ils écrivent dans le bulletin municipal. Le stop, c’est le grand écart social. Tu pars dans la poubelle branlante d’un agriculteur endetté et t’arrives en Jaguar avec un type plein aux as qui fulmine contre ses employés. Aucune activité n’offre un panorama plus complet. Et n’essayez pas de m’avoir avec votre discrimination positive et vos promotions à destination des prolos ! Tu fais du golf, tu restes entre chirurgiens. Tu fais du cheval, je t’en parle même pas. Même dans le football il y a ségrégation, au moins géographique. J’ai encore croisé personne qui aille taper la balle en bas des tours ou à Neuilly pour le plaisir de se diversifier.

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Sur le pouce #1 – Mensonges et vanités

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J’ai malheureusement oublié vos noms, souvent même vos visages mais j’ai gardé un petit quelque chose de la plupart de mes trajets dans vos bagnoles. Au bout de trente mille kilomètres en stop, ça en fait un paquet d’histoires. Première chronique d’une (peut-être) longue série.

Elle a belle gueule la société quand on la regarde depuis le bord de la route. On la fixe, le pouce en l’air et elle se vide de tous ses beaux atours. Bas les masques, bandes de pleutres ! Voici venu le moment de vérité… Il va falloir trancher, se mettre à nu, admettre au grand jour ce que l’on a au fond du bide. Et continuer à vivre avec. Quels que soient les gestes que vous ferez juste après nous avoir croisé, les mots que vous trouverez pour nous répondre, ils seront transparents comme de l’eau de roche. Vous aurez beau les enrober de cette mauvaise foi dégoulinante, jouer du pipeau sur une jambe jusqu’à en perdre votre souffle, nous saurons. C’est l’une des grandes satisfactions de la pratique. A force de ronger son frein à l’ombre des pompes à essence, le stoppeur développe une forme de prescience. Bien sûr ça ne fonctionne pas à tous les coups. Il existe une marge d’erreur, des failles, des surprises – nous y reviendrons – mais dans la majeure partie des cas, je sais ce que vous pensez quand je termine cette petite phrase à la con B’jour, excusez, j’essaie d’aller en stop vers Bidule, je me demandais si vous pourriez m’avancer un peu ?

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