Notes

Lettre à un.e détenu.e

Salut l’ami.e,

Il y a quelques temps, lorsque le copain qui t’écrit cette lettre m’a proposé d’ajouter quelques lignes, j’ai accepté non sans appréhension. Que savais-je, moi, de l’enfermement ? Tout au plus une poignée d’heures régulièrement perdues en compagnie d’officiers hargneux et de trouffions désespérement bêtes. Rien qui ne me donne les moyens d’imaginer ce que peuvent être tes pensées, ton histoire, ton quotidien entre ces murs haïs.

Aujourd’hui j’ai lu – et c’était paraît-il les paroles rapportées d’un gendarme dans les entrailles du dépôt d’un palais de justice – que l’on ne sait rien de la liberté sans en avoir été privé. Nul doute qu’il s’agissait là d’une piètre provocation de la part du garde-chiourme mais la pensée vaut peut-être d’être creusée. Que sais-je de la liberté ? Le souvenir des grands espaces, des horizons à perte de vue. Le goût persistant d’une passion amoureuse parvenue à son point d’orgue sans que personne ne s’en soit encore aperçu. Cette liberté-ci est sensorielle. Elle n’est que l’exaltation de moi-même face à la nature, face à l’autre et partout elle me crie son incomplétude. Je ne suis pas libre puisque tu es enfermé.e. Je ne me déplace sans contrainte que parce que je suis « bien né ». C’est parce que je suis inscrit à la bonne page, dans le bon registre, que les frontières ne me retiennent jamais trop longtemps dans leurs filets ensanglantés. Je ne suis pas libre si je suis le seul. Et quand bien même nous serions des milliers !

Ma liberté est un artifice, comme ces lacs paisibles et luxuriants que l’on remplit à la périphérie des villes sur les ruines d’une carrière de pierre ou en amont d’un barrage. Si je prends cet artifice pour la belle idée que l’on m’exhibe en devise, alors je signe la paix sociale. Or, il m’est impensable d’accepter une telle reddition et j’imagine qu’il en va de même pour toi.

C’est ainsi, je ne peux te parler ni de la liberté, ni de sa privation, ni du dehors, ni du dedans. Il me reste à te raconter ce que je vois depuis le poste qui est le mien. Sais-tu que le vent souffle un peu plus fort ces derniers temps ? Je ne saurais dire si la tempête viendra mais au moins avons nous vécu quelques réjouissantes bourrasques. Elles ont emporté sur leur passage des vitres, des voitures et pour ceux qui nous rejoignent, la conviction qu’il subsistait une forme de légitimité à l’ordre établi. Ce n’est peut-être qu’un préambule mais il est nécessaire pour rendre ce monde habitable en attendant la suite.

Quelle que soit l’ardeur qu’ils mettent à les construire, tous les murs sont faits pour tomber un jour. Sois sûr.e que c’est à cette fin que nous nous attelons sans relâche.

De tout cœur,

B.

 

Photo/ Vue aérienne de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis

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Ces graines qu’ils sèment

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C’était devenu une obsession, un crève-coeur, un running gag désespérant, une chimère à poursuivre. Depuis quelques jours, c’est un petit carton rangé dans un coin du salon. À l’intérieur dorment les 98 exemplaires uniques de Ces graines qu’ils sèment, brochure de 48 pages au presque format A5.

Au départ il y a une envie – pas si ambitieuse que cela – celle de matérialiser en un bel objet la jolie expérience partagée ici durant mes séjours mexicains. Et puis il y a la fabrication. Sélection des textes, relectures, corrections, illustrations, mise en page. Tout cela prend du temps. Il faut reprendre en main des outils oubliés, se tromper, calculer, réessayer, demander de l’aide aux copains. Un soir enfin, tout est prêt dans la machine, fichier sauvegardé. On est deux, on se regarde, on se dit que c’est du bon boulot, qu’on va pouvoir commencer à chercher un imprimeur, qu’en janvier c’est plié. Nous sommes le 13 novembre et dans une heure Ces graines vont sombrer dans les oubliettes de l’état d’urgence.

2

(suite…)

Gravures et gribouillis

Il y a désormais un onglet « Illustrations » dans la barre de menu de Codex43.

C’est là, juste au dessus. Ou alors par ici.

Jetez-y un œil en attendant l’arrivée sous peu d’une version papier de quelques textes déjà publiés ici (mais pas seulement), illustrés à la main, à la gouge et avec amour.

 

 

La cantoche mexicaine chez Article 11

Les filles et les gars d’Article 11 me font l’honneur de publier une version revue, corrigée et illustrée par leurs soins de mes Dames de la cantine dans leur superbe numéro 18.

A11-n18-couv-73c50On y parle aussi de comètes, de régiments qui se mutinent, des poésies de Jean-Jacques Pauvert et de la folie inspirante. Pour en savoir plus, c’est par ici et dans les chouettes librairies.

Merci à eux et bonne route (A11 tirera sa révérence après le prochain numéro).

¡ Y vivan los medios libres !